Depuis toujours, le fleuve Saint-Laurent a prodigué ses bienfaits, offrant ressources en abondance, voie de communication et paysages grandioses. Passage espéré pour un temps vers les richesses tant convoitées de l’Asie, Magtogoek, « le fleuve aux grandes eaux », comme le nommaient les Algonquins, baptisé Saint-Laurent par Jacques Cartier et dont l’hydronyme sera imposé par Samuel de Champlain, a ouvert au cœur d’un continent une histoire plus grande que nature, notre histoire. Mais de ce fleuve à qui nous devons tant, à qui nous devons tout, que savons-nous vraiment ?

Géant parmi les géants
Le Saint-Laurent n’est pas le plus long fleuve du monde. Avec ses 1 140 km de longueur – 3 260 km si l’on tient compte des Grands Lacs (17e rang mondial) – il est loin de son géant cousin qu’est le Nil (6 670 km). Avec un débit moyen annuel de 12 600 m3/s (16e rang), il ne peut se comparer avec l’Amazone (175 000 m3/s). Mais là où il se distingue c’est avec un bassin de drainage de plus de 1,6 million de km2, une « source » qui origine de 5 lacs parmi les plus grands du monde, un tronçon fluvial qui prend tour à tour des allures de rivières et de lacs, un estuaire parmi les plus grands du monde et un golfe qui préfigure la mer dans laquelle il se jette. Impressionnant notre géant, n’est-ce pas ?

Un axe de développement économique et humain
Bien avant le projet de colonisation amorcé par Samuel de Champlain au début du XVIIe siècle, le fleuve était déjà l’objet d’un important trafic entre pêcheurs, trafiquants de fourrures, marchands de différentes nationalités et populations amérindiennes qui fréquentaient ses rives. L’installation permanente de colons toujours plus nombreux intensifiera ce trafic, notamment avec l’Europe en quête de toutes les ressources qui semblent inépuisables sur ces nouvelles terres, et puis bientôt avec le reste du monde. Durant plus de trois siècles, les rives du Saint-Laurent sont le théâtre d’une intense activité qui a modelé le paysage, l’économie, la société. Des villages et des villes ont été érigés et de nombreuses industries s’y sont implantées afin de profiter des atouts du grand fleuve (transport, énergie, etc.). Aujourd’hui, plus de 70 % de la population québécoise vit sur les rives du Saint-Laurent et la grande majorité puise son eau potable à même le fleuve.

Un écosystème exceptionnel
La richesse de l’écosystème du Saint-Laurent s’appréhende au premier regard sur ses rives qui abritent aujourd’hui encore, malgré la perte de nombreuses zones humides, une très grande diversité animale et végétale. Mais c’est dans ses eaux, tour à tour douces, saumâtres et salées qu’elle s’exprime avec la plus grande éloquence, même si l’exploitation qui en a été faite a eu des conséquences parfois dramatiques pour de nombreuses espèces. N’oublions jamais que de nombreuses espèces sont menacées : la tortue luth, le garrot d’Islande en passant par l’esturgeon noir, le béluga ou le grand rorqual bleu, etc., ce patrimoine vivant exige qu’on le protége afin qu’il continue longtemps à émerveiller les générations futures.

Une source d’inspiration créatrice inépuisable
Dans ses eaux, peintres, poètes, conteurs, cinéastes, chanteurs ont, au fil des siècles, plongé leurs plumes et leurs pinceaux pour créer des œuvres extraordinaires de beauté et d’émotions, où le fleuve s’impose comme un acteur à part entière de la scène qu’il supporte et qu’il anime. Merci à Cornélius Krieghoff, Gilles Vigneault, Pierre Perreault, Clarence Gagnon, Robert Charlebois, Félix Leclerc, Morrice, Sylvain Lelièvre, Frédéric Back, et tant d’autres pour leur contribution à mieux nous faire connaître notre si majestueux fleuve.

De l’espoir en partage
Longtemps regardé comme un gigantesque dépotoir capable de supporter les pressions de l’urbanisation et du développement industriel et agricole, le Saint-Laurent est finalement tombé malade à tel point qu’au milieu du XXe siècle, la population lui a tourné le dos, regardant cette eau qui jusqu’alors symbolisait la vie avec inquiétude et dégoût. Des voix pourtant se sont élevées dès le début des années 1970, timides puis de plus en plus nombreuses, pour réclamer une véritable réflexion sur l’état du Saint-Laurent. Des actions, des programmes, des lois ont depuis permis de mieux connaître et de mieux comprendre cette unité écologique unique qu’est le Saint-Laurent. Aujourd’hui, le malade est en convalescence, même s’il reste encore beaucoup à faire. De nouveaux défis sont lancés par les changements climatiques dont il est difficile d’ établir les impacts réels, à court, moyen et plus encore à long terme sur l’état général du fleuve et par le fait même sur la qualité de nos vies.

Un fleuve pour tous!  s’inscrit dans le cadre des activités de sensibilisation et d’information du grand public aux différentes dimensions du Saint-Laurent que notre organisme mène depuis plus de vingt ans. Ce n’est certes pas la première fois qu’Art et Environnement sont associés pour promouvoir une cause, notamment celle du Saint-Laurent mais avec « Un fleuve pour tous ! » nous avons souhaité lancer un message fort à la population québécoise quant à l’urgence de considérer notre responsabilité collective à l’égard de notre fleuve. Grâce aux supports de nos partenaires et collaborateurs auxquels il nous faut associer madame Christine Saint-Pierre, Ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, madame Agnès Maltais, Députée de Taschereau, nous avons eu le plaisir de tenir cette activité à Québec, Trois-Pistoles et Montréal et ainsi rencontrer plusieurs centaines de personnes qui ont témoigné chacun à leur façon de leur rapport et de leur attachement au fleuve, à leur fleuve. Merci à toutes et tous pour avoir fait de « Un fleuve pour tous ! » un véritable succès.

 

Promenade Samuel-De Champlain (Québec) – 6 juin 2009

Festival Échofête (Trois-Pistoles) – 25 juillet 2009

Biosphère (Montréal) – 15 août 2009

Un fleuve pour tous


Une courtoisie de

 

* Citation: Le fleuve aux grandes eaux. Auteur : Claude Villeneuve / Illustrations : Frédéric Back / Éditeur : Les Éditions Québec-Amérique et la Société Radio-Canada, Montréal, 1995, 118 pages

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